Physical Address
304 North Cardinal St.
Dorchester Center, MA 02124
Physical Address
304 North Cardinal St.
Dorchester Center, MA 02124

Portée par l’économiste Gabriel Zucman, la proposition d’une taxe mondiale sur les ultra-riches fait couler beaucoup d’encre. Si l’objectif affiché — une plus grande justice fiscale — séduit l’opinion, les mécanismes économiques sous-jacents et les implications réelles du projet révèlent des failles majeures. Analyse d’un débat où la passion politique occulte souvent la rigueur technique.
La proposition est simple en apparence : imposer les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros à hauteur de 2 % par an, après déduction des impôts déjà payés. Mais derrière cette simplicité se cachent des complexités qui font bondir de nombreux économistes.
L’argument principal de Gabriel Zucman repose sur l’idée que les ultra-riches paieraient proportionnellement moins d’impôts que les foyers les plus pauvres. Pour illustrer cela, un graphique célèbre montre une courbe d’imposition qui chute pour les 0,1 % les plus riches.
Cependant, plusieurs économistes (dont Sylvain Catherine ou François Geerolf) pointent une « supercherie » méthodologique :
L’erreur la plus fréquente dans le débat public est de traiter le patrimoine comme un compte en banque géant.
Comme le rappelait Karl Marx lui-même dans Le Capital, la valeur d’une marchandise n’existe réellement qu’au moment de l’échange (la vente). Tant qu’une action n’est pas vendue, sa valeur est « fictive » ou virtuelle. Si la valeur de votre maison double, vous ne vivez pas mieux au quotidien ; vous n’êtes « plus riche » que théoriquement.
Prendre l’exemple de LVMH permet d’illustrer l’impossibilité technique d’une telle taxe. Bernard Arnault possède des milliards en actions, mais :
L’exemple d’Elon Musk en 2021 est frappant : pour liquider 10 milliards de dollars (environ 3 % de son patrimoine de l’époque) afin de répondre à un défi politique, la valeur de Tesla a chuté de 24 %, détruisant au passage près de 93 milliards de dollars de valorisation boursière.
Le cas d’Arthur Mensch (Mistral AI) est symptomatique. Sa société est valorisée à plusieurs milliards, mais elle ne génère pas de bénéfices et il ne touche pas de dividendes. Virtuellement milliardaire, il n’a pas les liquidités pour payer une taxe de 2 %. Le risque est double :
Pour justifier la taxe, certains avancent que les riches « cachent » leur argent dans des holdings ou empruntent contre leurs actions (Crédit Lombard).
Si Gabriel Zucman annonce 20 milliards de recettes pour la France, d’autres économistes, comme Antoine Lévy, prévoient une perte sèche. En perturbant l’investissement, en provoquant des chutes boursières et en encourageant l’exil fiscal, la taxe pourrait détruire plus de valeur qu’elle n’en collecte.
James Mirrlees, prix Nobel d’économie pour ses travaux sur la taxation optimale, concluait que le taux optimal d’imposition du patrimoine est de 0 %. L’expérience montre que taxer le capital productif finit souvent par appauvrir l’ensemble de l’économie, y compris ceux que l’on souhaitait protéger.